S'il est un point commun aux films coréens qui arrivent jusqu'à nous, c'est sans doute cette violence constitutive, endémique, qui anime chaque rapport physique et social. Avec Breathless, le réalisateur Ik-June Yang est peut-être le premier à fouiller les entrailles secrètes de cette brutalité. Non que Park Chan Wook et autres Kim Ki Duk ne s'y soient jamais intéressés, mais leur côté clinquant, petit malin, brouillait le discours à force de complaisance. Le héros voyou de Breathless, sorte de Kitano du 38eme parallèle, agit lui comme un catalyseur. Comme s’il contenait, comprimés, tous les paradoxes de la Corée d’aujourd’hui : la violence et l’art de vivre, la civilisation et le chaos, la communauté et la solitude. Derrière son visage minéral, c’est donc un cri que l’on perçoit, celui d’un homme brisé et d’une société disloquée. Deux victimes qui ne trouveront leur salut qu’en toute fin de film, dans la recomposition fragile, patiente, du plus petit dénominateur communautaire : la famille.